Cascadeur et Mugison à l’exit
Comme il est toujours plus facile de décrire un artiste qu’on ne connaît pas bien par des références aux artistes qui nous sont familiers, je dirais que Cascadeur c’est un peu comme si on mélangeait Sébastien Tellier (pour les très belles mélodies au piano et le sens de la déconne sur scène) et Jay Jay Johanson (pour la voix) mais sans la barbe ni les cheveux longs et avec des bidouillages électro en plus.
Une fois cette introduction faite, essayons de creuser plus avant l’œuvre du personnage. Pour cela, quoi de plus approprié qu’une immersion totale dans le spectacle du personnage. Allez, c’est parti !
Le concert commence par un morceau au piano, sans rien d’autre, tout en nappes vaporeuses…pas mal. Le second titre se voit adjoindre des samples de boite à musique. Ce qui est intéressant c’est que les bruits d’engrenage et de claquement du couvercle de la boite sont aussi importants que la musique elle-même. La voix se pose pour la première fois de la soirée sur les notes…convaincant. Pour la troisième chanson, le chanteur tombe le casque jet de pilote pour une cagoule de catch mexicain. La musique se fait logiquement moins spatiale et, tout en restant mélancolique, se pare de quelques beats tribaux qui viennent renforcer l’effet magique et hypnotique du timbre haut perché de l’artiste…on en redemande. Le 4ème titre (« walker ») tutoie les étoiles avec l’entrée en scène de Mugison pour un featuring qui restera LE grand moment de la soirée. Le folk râpeux de l’islandais soutient parfaitement les complaintes mégaphoniques de Cascadeur, la guitare introduisant un fond de blues qui prend tellement aux tripes que 2 minutes de plus auraient suffit pour que tout le monde fonde en larmes…magistral ! Le reste du concert se déroule tranquillement, comme pour nous permettre de récupérer après un KO. C’est bon et le public participe avec enthousiasme aux délires de l’artiste qui ne semble pas vouloir s’arrêter, faisant mumuse avec ses jouets électroniques mais ayant parfois un peu trop tendance à faire traîner ses morceaux.
Avec Mugison, on entre dans un tout autre registre. Pour cause de panne de sa foutue machine (que j’aurais pourtant bien voulu voir marcher tellement elle est belle), c’est à un concert acoustique que nous avons eu droit. Mugison chante l’amour déchiré et, de ce point de vue, est autant un acteur qu’un chanteur. A le voir, on croirait vraiment qu’il souffre. Maître du dosage entre hurlements de douleur et arpèges doux, il semble avoir trouvé la recette miracle pour mettre les quelques islandaises présentes dans la salle en furie dès le premier titre. Moi je dis respect ! Il est vrai cependant que la recette perd un peu de son goût au bout de quelques titres. Pour éviter l’écoeurement, l’artiste a donc la bonne idée de nous raconter des petites histoires entre ses chansons. J’en ai retenu une sur l’origine du mot “skol” qui viendrait du fait que dans le passé, en pays scandinave, on buvait dans le crâne des ennemis après avoir laissé les enfants jouer au foot une semaine avec la tête…allez savoir où se trouve la vérité dans tout ça…
A cours d’histoires sur la fin du concert, Mugison décide de se la jouer plus rock and roll et là, croyez moi, on se rend compte du potentiel hallucinant du bonhomme. Sans mentir, avec sa voix rauque et puissante il fait passer à lui tout seul le unplugged de Nirvana pour la chanson des bisounours…Sauvage!

